Enfin, les Québécois s'ouvrent à un dégraissage « conservateur » de l'État

Quelques jours avant les élections provinciales au Québec, je suis frappé par l’état des lieux.
Après plus d’une décennie d’un système replié sur lui-même, où l’on ne remettait en question la raison d’être et la structure du modèle québécois d’État-providence qu’à voix basse, dans les corridors, le virage vers l’autonomie individuelle est bien amorcé.
Le Parti Québécois semble prêt à former un gouvernement, majoritaire ou minoritaire, en défendant des idées plus conservatrices et en critiquant la lourdeur de l’État. Cela se voit dans ses promesses de supprimer des postes de fonctionnaires, de réduire la bureaucratie et le gaspillage dans le secteur publique, et de baisser les impôts.
La domination de la CAQ s’est affaiblie, voire effondrée, après des années de clientélisme. Et le Parti conservateur du Québec n’est pas seulement admis à la table : il a imposé la plupart des thèmes du débat actuel, y compris des idées que le PQ reprend aujourd’hui à son compte.
Non seulement les Québécois changeront-ils de gouvernement, mais ils se libéreront aussi de l’idée qu’il faut protéger le statu quo à tout prix.
Ce que cette campagne a changé
Au lieu d’une énième chicane sur la souveraineté, nous avons eu un vrai débat entre les visions de la gauche et de la droite. On a enfin réfléchi sérieusement aux limites de l’État. Et la nécessité d’accroître la concurrence et de décentraliser est devenue une question de gros bon sens, voire une évidence.
C’est une bouffée d’air frais à laquelle je ne m’attendais pas.
L’enjeu principal n’était ni la souveraineté ni l’élargissement de l’État-providence, mais bien la façon de le dégraisser et de le rendre plus efficace.
Pour ceux qui portent les idées et les valeurs conservatrices, c’est un changement longtemps souhaité.
Le mérite en revient en bonne partie au chef du Parti conservateur, Éric Duhaime.
Je l’avoue : je partage les idées de M. Duhaime, comme en témoignent mes écrits et mes interventions dans le débat public québécois.
Voici un extrait de mon bilan avant l’élection provinciale de 2022 :
« Duhaime a souvent parlé du besoin de faire grandir le Québec, autant dans la mentalité de ses habitants que dans sa capacité à offrir une vraie prospérité, si l’on s’ouvre au potentiel de nos entrepreneurs et de nos ressources.
Pour y arriver, le Québec devra devenir beaucoup plus compétitif : l’État-providence et l’État nounou sonnent bien quand l’argent pousse dans les arbres et que l’économie atteint de nouveaux sommets chaque année (pas seulement dans les poches de Jean Charest). »
Je suis un individualiste issu de la tradition libérale classique, sceptique face aux institutions centralisées et aux monopoles d’État. Le rôle de l’État est de protéger la liberté des individus et non de s’immiscer dans leur vie.
Les individus et leurs familles sont les mieux placés pour gérer leurs propres affaires, bien mieux qu’un pouvoir central mené par des politiciens qui prétendent agir au nom de toute la population alors qu’ils servent les groupes d’intérêts les plus puissants.
C’est ce que je vois chez le PCQ. Comme je l’écrivais il y a quatre ans, si « nous voulons une province compétitive et prospère, il faut continuer à agrandir la tarte plutôt que de la découper en parts toujours plus petites ».
Tout dépend de notre attitude envers les entrepreneurs et les innovateurs qui nous apportent de nouvelles technologies et de nouvelles solutions, et qui sont guidés non par une étiquette ou des subventions, mais par leur détermination à mieux servir clients et citoyens.
Voir cette approche s’imposer dans le débat québécois en 2026 est réjouissant.
Un choc salutaire
Cela dit, le chemin sera difficile pour le Québec et le Canada, surtout face à un système figé dans le passé et prisonnier de vieux débats. Je crois que c’est le choc venu des États-Unis qui nous a permis de réorienter le débat au Québec.
En effet, le conflit tarifaire (ou la guerre commerciale, selon d’autres) a légitimé une autre façon de penser en politique québécoise. Il a carrément rompu le consensus voulant que le rôle premier d’un politicien québécois soit de défendre le modèle social bec et ongles.
Désormais, un nombre croissant de Québécois refusent les promesses voulant que rien ne change. Ils veulent un État plus modeste, moins interventionniste dans leur vie personnelle et, là où son intervention est jugée nécessaire, efficace et allégé.
C’est un beau changement que bien des jeunes et des militants attendent depuis longtemps.
Quoi qu’il arrive lundi, qu’il s’agisse d’un gouvernement péquiste majoritaire qui penche à droite ou d’un PCQ propulsé au rôle de chien de garde d’un État modeste, je suis fier de voir les idées de liberté revenir à la mode dans ma province natale.